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2010-08-31
Les MIPS se dotent d’un outil de gestion électronique des documents !
- M. Martin RICHIARDONE

Événement

2008-07-07

Nouvelle systémique : La machine et le hasard

Vignette de la photo d'événement. Cliquez pour agrandir.

Je me trouve en B55, salle informatique dès mieux équipée, écrans plats et connexion haut débit, dans l’une de ces grandes universités britanniques.

 

C’est le jour de l’examen final, en tout cas le jour que j’avais choisi pour passer cet examen avec mes camarades. Celui-ci se déroule directement sur l’ordinateur sans aucune surveillance avec un délai d’une semaine pour le soumettre et le valider, et trois essais-chances pour y arriver. La note est alors attribuée directement à l’étudiant après son dernier clic.

Cette évaluation en mécanique des forces se fait sous forme de QCM (Questionnaire à Choix Multiples), seules les valeurs numériques changent d’un candidat à l’autre, c’est ici que réside la majorité du travail de l’enseignant, et il n’aura alors plus rien à corriger.

La tension commençait alors à monter en moi, bien que j’avais choisi de faire l’impasse sur cette matière que je ne maîtrisais pas et qui ne m’intéressait guère. Mais elle était comme les autres, primordiale pour l’obtention de mon diplôme.

 

Nous étions alors en train de travailler à plusieurs à la conception d’un logiciel, sous forme d’un fichier Excel, destiné à répondre lui-même aux questions. Une contribution en somme à la conversation entre agents logiciels. Ainsi une fois le logiciel bien ficelé, il ne nous restait plus qu’à entrer nos valeurs et à choisir la bonne réponse dans le questionnaire du QCM. Nous pensions alors que notre logiciel, issu de cinq cerveaux connectés sur le sujet, et malgré le peu de motivation pour résoudre le réel problème, nous pourrions réussir notre examen.

Cependant la difficulté était là, nous avions beaucoup de mal à trouver une solution crédible pour le QCM. Je pris alors conscience que je tentais de régler le problème posé en utilisant un langage mathématique fuyant totalement la transmission des connaissances et de l’information que l’enseignement était censé m’apporter. Je me déconnectais complètement du réel. Mais, néanmoins, nous décidions de continuer l’expérience. Nous étions en face d’une première version des plus sophistiquée. Elle permettait de contourner l’objectif même de l’examen. Je me tournais alors vers mon camarade le plus proche en lui proposant de commencer le test tout en sachant pertinemment que nous avions trois essais pour réussir. Et heureusement d’ailleurs, car ce premier essai s’est conclu par un échec. Notre ingénieux fichier Excel nous avait menti, mon collègue obtint une note de un sur dix et cette stupide machine m’avait infligé à moi-même un zéro pointé avec très peu de tact.

 

Il nous fallait alors résoudre un problème « mécano-informatique » : Pourquoi cette satanée machine ne nous donnait pas plus de points? L’application que nous mettions maintenant à résoudre ce problème était alors totalement fictive. La solution demeurait introuvable, nous avons tous tenté notre chance, en vain. Notre logiciel nous renvoyait à notre ignorance.

La situation devenait de plus en plus ridicule, c’est alors que je trouvais une solution des plus absurdes, en me tournant vers mes camarades :

 

« - Ne cherchons pas à contourner le problème. Attaquons de front. Laissons parler la chance, c’est un QCM, il suffit de cocher des cases, je vais tenter le hasard, je sens ma main heureuse aujourd’hui ».

 

Tout le monde s’attroupa derrière moi. J’ai alors coché dix cases de ce questionnaire à choix multiples de la manière la plus arbitraire possible. Je n’avais en aucun cas réfléchi. Des éclats de rires surgissaient à chacun de mes clics, j’étais en train de rendre le fond de cet examen aussi stupide que la forme. Tout le monde s’attendait à voir mon audace échouer. Nous avons alors mis en scène la validation des réponses telles que le font les tambours avant la plus risquée des pirouettes d’un cascadeur. Eh là, devant les yeux ébahis de tout le monde, la machine, qui devenait maintenant mon allié, m’attribuait une note de huit sur dix à mon deuxième essai en un temps record de deux minutes et trente secondes. Ce qui par la suite n’interpellera pas mes professeurs, bien évidemment. Je n’avais alors plus qu’à valider ma participation au jeu et à quitter la salle avec un sentiment de victoire en laissant derrière moi une bande de copains malheureusement un peu écœurés.

 

« Que voulez-vous, mêmes les probabilités les plus faibles ne m’ont pas résistées aujourd’hui ».

 

Je ne remis alors pas en doute mes capacités d’obtenir ma licence, mais il était évident que le feedback que j’ai donné à mes enseignants et qui validait alors l’acquis de mes connaissances n’était que fictif, la machine avait totalement transformé la réalité en me faisant gagner un combat qui était pourtant perdu d’avance.

Cette courte expérience me permis d’illustrer le fait que « les progrès technologiques portent essentiellement sur les outils de vision et de communication, qui se sont en effet multipliés, alors que parallèlement notre connaissance du réel est de plus en plus limitée »(1).

Mais surtout, au-delà du fait absurde qui consiste à ramener une vision de l’univers à une manipulation abstraite d’équation, c’est encore le hasard qui fait bien les choses.

Antoine LIAUD, MIPS06, mai 2008.

- M. Antoine LIAUD


 

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